mardi 17 novembre 2015

Restons unis et solidaires, libres et responsables.


Paris, mon Paris ! Ainsi donc, ils ont tiré sur des terrasses bondées, dans une salle de spectacle. Comment est-ce possible ? Pensait-on jamais voir cela ?
"Mes" chers étudiants, musiciens, chanteurs, comédiens. Une fois rassuré sur mes proches, ce sont vers ceux-là que se tournent mes préoccupations ; je sais qu'ils fréquentent le quartier, y habitent, vont au concert, boivent un verre, sortent, vivent. Petit à petit je reçois des nouvelles, certains répondent aux messages, d'autres anticipent. Rapidement, avec cette formidable intelligence dont peut faire preuve Internet, se met en place un système qui assure que l'auteur de la missive est en sécurité.

Plongé depuis quelques jours dans la lecture du Journal d'André Gide - il est à Tunis en 1943, sous les bombardements quotidiens, la vie, la survie s'organise, traversée de contradictions, un soleil éclatant, une lecture enrichissante, un conflit humain pour une broutille et le soir, un bombardement. Le trivial côtoie l'infernal, l'exceptionnel ; faire ses courses au coeur de l'Histoire en marche. Je n'imaginais pas trouver dans ce Journal - depuis vendredi - tant de concordance, de similitudes.

L’extrême-droite trépigne, piaffe d'impatience. On l'imagine proclamer d'ici quelques temps – jours ? Semaines ? Cela dépendra de la triste actualité - qu’elle est prête à gouverner car, de toute évidence, le pouvoir l'intéresse plus que les idées. Il suffisait de voir, il y a quelques jours, sa représentante, agressive, mordante, sourire figé, se déclarant certaine d’accéder au pouvoir. L'absence d'idées, de raisonnement, de pensée de fond était, ce jour-là, flagrante. Mais qu'en sera-t-il dans quelques temps ? Pourvu que le chaos ne s'installe pas, lui donnant le champ libre.

Au parc Monceau, d'où j'écris ces lignes, il y a foule. Pas un banc de libre, un franc soleil, les coureurs font résonner leurs foulées régulières sur le sol blanchi, doux plaisir des habitudes, une quiétude retrouvée ou bien une fine provocation, vous ne nous changerez pas. Mais en soi, on y pense, pourvu qu'il ne se passe rien. Quelle sera leur prochaine attaque ? Un parc, les transports ? C'est si facile de faire mal, faire mal, faire mal disait Véronique Sanson.

On est frappé par la jeunesse des assassins. Comment peut-on avoir envie, à cet âge, de tirer sur une foule de spectateurs dans une salle de concert pour, ensuite, se suicider ? Que leur a-t-on mis dans la tête pour qu'ils en arrivent à ce projet, si l'on ose employer ce mot ? Et pourquoi ceux qui les endoctrinent ne viennent-ils pas se faire tuer eux-mêmes ? Peut-être ceux-là n'ont-ils pas envie de mourir.

Heureusement, la France est douée et indisciplinée. Elle, nous, trouverons bien la force, le moyen de faire autrement, de déjouer leurs plans. Il y a ici un esprit de résistance qui sommeille en chacun, affleure et dit non, ça ne se passera pas comme ça. Ce n'est pas arrogance que de l'écrire, c'est, à ce moment précis, une certitude.

Côtoyer des artistes, être soi-même dans le chaudron, constater le bouillonnement créatif, l'ingéniosité des solutions envisagées pour contourner les crises structurelles, la niaque des étudiants qui savent dire non, leur soif d'apprendre, leur curiosité intellectuelle, leur envie du monde et de la vie ; tout cela - même si nous sommes dans d'une situation de guerre, même si nous ne pensions pas éprouver en 2015 un conflit de religion moyenâgeux, même si ce combat sans prisonniers, sans honneur de soldat - et l'on s'aperçoit que cela avait un sens, l’honneur- même si ce combat est inégal, asymétrique, comme on l'écrit poliment, même si nous avons brusquement l'impression de découvrir ce qu'étaient les années quarante, les messages inquiets, es-tu bien arrivé, ne rentre pas trop tard, surtout ne prend pas froid, même si l'on se surprend à détailler les terrasses de café, même si l'on hésite à profiter des couleurs de l'automne - tout cela nous fait dire non, ça ne se passera pas ainsi. Nous allons résister, rester ensemble, trouver une solution, leur faire saisir qu’il existe un mouvement portant, une exaltation positive et particulière qui se nomme la vie et qu’il faut protéger.

texte de Pierre-Michel Sivadier suite aux attentats du vendredi 13 Novembre 2015

                                                                         
Extrait du concert enregistré au Triton le 30 mai 2015. 
Paroles et musique de Pierre-Michel Sivadier 
Avec Didier Guegdes et Jean-Yves Roucan. 
Réalisation Gersende Godard. 

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